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Pâques ou la vie transfigurée
Un jour, Jésus posa une question à ses disciples : “Pour vous qui suis-je?” Pierre, l’un des Douze, répondit : “Tu es le Messie, le Fils du Dieu vivant”. Pierre avait répondu juste. Mais aussitôt après, Jésus annonce qu’il aura à souffrir beaucoup, être tué et, le troisième jour, ressusciter. Pierre réagit et ose lui dire : “Non ! cela ne t’arrivera point.” (Mt 16, 22)
Il y a des moments dans la vie où l’incompréhension de la Parole de Dieu se manifeste. Mais, grâce à Dieu, l’histoire n’est pas terminée. Tant de témoignages sont là pour nous redresser, nous illuminer !

Voici justement l’histoire d’un vieil homme. Il a 75 ans. À son époque, c’est énorme, et il n’a pas d’enfant. Il n’a donc plus rien à espérer. Il s’appelle Abram. Mais voici qu’il entend Dieu lui dire :
“Quitte ton pays, ta parenté et la maison de ton père, pour le pays que je t’indiquerai. Je ferai de toi un grand peuple, je te bénirai, je magnifierai ton nom ; sois une bénédiction !” (Gn 12, 1-2)
Le vieil homme obéit. Il ne sait pas où il va, et va donc marcher et marcher encore vers l’inconnu, comprendre que Dieu est avec lui, que sa vie recèle de grandes découvertes. Des épreuves, nombreuses, vont arriver ; notamment la patience, pour la naissance d’un enfant, qu’il va devoir attendre 14 ans ! Au total, Dieu va transfigurer peu à peu l’histoire d’Abram, au point que son prénom sera mystérieusement agrandi : il va s’appeler Abraham. Il va devenir un homme autre. La finale du prénom contient en hébreu la pensée d’un pluriel immense de descendants, qui manifeste la postérité d’Abram.

Nous sommes de ses descendants, donc appelés comme lui à quitter notre pays intérieur pour l’élargir, l’enrichir. En somme, nous n’avons pas fini de nous trouver, de devenir celui ou celle que Dieu nous appelle à être. C’est en cherchant que nous avançons, que nous découvrons notre identité personnelle. Les anciens qui nous ont précédés, tous ceux et celles dont la Bible nous présente l’histoire sont de précieux témoins du grand projet de Dieu sur la Création. Et comme Abraham, nous sommes promis à la transfiguration.

C’est ici que nous retrouvons Pierre, qui ne comprend pas ce que Jésus lui annonce : la mort sur une croix. Mais il est à croire que Dieu, le Père, et Jésus se sont dits : “On ne peut pas les laisser comme ça.” Voilà pourquoi cette scène a eu lieu. Nous lisons en Matthieu 17, 1-3 :
“Jésus prit avec lui Pierre, Jacques et Jean son frère, et il les emmena à l’écart, sur une haute montagne. Il fut transfiguré devant eux ; son visage devint brillant comme le soleil, et ses vêtements, blancs comme la lumière. Voici que leur apparurent Moïse et Élie, qui s’entretenaient avec lui. Pierre prit alors la parole et dit à Jésus : “Seigneur, il est bon que nous soyons ici ! Si tu veux, je vais dresser ici trois tentes, une pour toi, une pour Moïse, et une pour Élie.””
Jésus apparaît transfiguré, comme le grand, l’unique successeur de Moïse et Élie : Moïse, le libérateur de son peuple, exilé en Égypte, au treizième siècle avant Jésus, et Élie, le grand prophète, le feu de Dieu, par ses exploits, figure du Saint-Esprit, et qui fut emporté au ciel, au neuvième siècle avant Jésus. Et voici Moïse et Élie, vivants ! Jésus révèle ainsi à Pierre, Jacques et Jean, que sa mort n’aura pas le dernier mot. Abraham en avait déjà reçu la pensée.

Quitter son pays intérieur pour en découvrir d’autres, croire que les échecs n’auront pas le dernier mot. Comme la route est longue avec ses en-haut et ses en-bas ! Pierre, une fois de plus, ne sait pas ce qu’il dit, en parlant de trois tentes. Mais qui sait ? Dieu avait demandé, en effet, à Abram de quitter son pays. Alors, Pierre comprit peut-être sa vie comme une longue marche, avec des espoirs d’autres transfigurations avec Jésus. Il se souviendra toute sa vie de cette première transfiguration de Jésus et de la voix du Père : “Cette voix, nous l’avons entendue; elle venait du Ciel, nous étions avec lui sur la montagne sainte.” (2 P 1, 18)

Notre baptême, de même, a été long à recevoir en vérité, à vivre pour de vrai. La transfiguration, en blanc avec Jésus, nous est offerte et encore à venir. La vie éternelle, le temps qui ne passe pas, surgit, des fois, dans le temps qui passe, et je ne m’y attends pas.
Pâques, c’est aujourd’hui !
† Dans le silence, j’y pense, avec un grand merci au Seigneur.